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Le Web Du Rail
Histoires de mécanos
La vie y est assez
calme.Pour moi, il y a tout ce que je veux: des cinés, des magasins informatique, de
très bons restaurants français et étrangers.Une concession Alfa Roméo (je suis
"alfiste").La région est ou était trés jolie car ici le 27 décembre il y a
eu un peu de vent. La Corrèze, la Creuse et la Haute Vienne ont été beaucoup touchées.
La région n'est pas trés riche, nous sommes une réserve à Hollandais ou Anglais.
On commence à avoir quelques problèmes de sécurite,drogue....
Saint-Priest Taurion est le village ou je restaure une maison. Il est situé à 15 km de
Limoges. Il y a environ 2000 âmes dont quelques cheminots. Ma maison est juste à côté
de la ligne Limoges-Ussel. Le soir je m'endors au chant des X2800...
Je suis titulaire du Rlt 182, j'ai 33 ans.
Au thermique on est une étoile:
La partie électrique s'arrête à Toulouse et monte jusqu'à Paris et une partie de la
ceinture.
La vie au 182 n'est pas trop dure, il y de bons restos pour les RHR. On essaye de sortir
du dépot avec les 72500 voir d'aller plus loin, hereusement on a des 2800 et 2200 pour
faire les trains.
Je suis arrivé bien en avance cette nuit en gare de Troyes.
Mon train de marchandises n'était pas très lourd, il n'y avait que la machine. Il était 3h30, et le prochain train pour Paris était l'Alberg Express de 5h04. Après avoir mis en tête sur la rame corail, j'étouffe le gros moteur aux 16 cylindres de ma machine pour aller dire bonjour aux collègues du poste d'aiguillage. Ambiance d'une nuit bien ordinaire, on tente de dormir entre deux trains. Et la gare de Troyes, une nuit de dimanche à lundi ce n'est pas la gare de Dijon.
Troyes est une ville que je ne connais pas. Avec nos trains, on passe souvent tout debout direction Belfort, ou c'est parfois un timide arrêt sur signaux fermés. Bref jamais vraiment le temps d'aller visiter cette ville, à la réputation si charmante. La gare est fermée, verrouillée. Un de nos "exclus" a élu domicile sur le banc du quai 1, au milieu du vent qui s'engouffre sur la verrière. "C'est beau une ville la nuit" disait Richard Bohringer dans un de ses bouquins. Pas d'accès ouverts au public, je suis dans mon univers ferroviaire, parfois je veux en sortir. Cette nuit, aucun porte ne veut s'ouvrir vers l'extérieur. Je fais le mur. Je marche dans le froid. Je me retourne pour admirer la façade de la gare, aux allures si majestueuses. Une belle image d'un passé ferroviaire grandiose. Ah l'étoile de Troyes et toutes ses lignes qui partaient ici et là ! Plus rien, maintenant, c'est limite la gare des betteraves.
Je marche, la fatigue a rendu mes jambes lourdes. Je consulte le plan de la ville, fait un état des lieux. C'est pas Paris, j'aurai largement le temps de faire le tour de la ville. Les rues sont désertes. Faut dire que je ne m'attendais pas à autre chose. Cela me plait, c'est un peu le charme du métier, se sentir en décalage avec le reste. Je suis seul, sur l'avenue du Général de Gaulle. Au loin, une voiture de police s'engouffre dans une rue. Même le grand boulevard, rien alentours. Sensation étrange mais agréable. Quelques rares fenêtres sont allumées, prémisse d'un début de journée de travail. Il est 3h45, j'arpente les rues, ici et là, une vieille maison à l'architecture "champagnarde". Quelques affiches sur les murs. L'une d'elle m'interpelle. "Troyes, Insécurité, Municipales 2001". [..] Un peu froid dans le dos, tout de même.
J'espère en hâte pouvoir trouver un de ces cafés matinaux pour m'attabler et regarder les mines qui se réveillent péniblement. Je n'ai toujours croisé personne et je suis déjà de l'autre côté de la ville, sur le boulevard des maréchaux. Je remonte vers les halles m'engouffre dans ces petites ruelles, "coupe-gorge ou coupe jarret"'. Bof, bof, c'est pas le panard, cette ville, je m'ennuie déjà. Quelques voitures font crisser leurs pneus au loin. J'essaie de me rapprocher. Une sortie de club privé. M'avance, passe devant, m'arrête. Un vigile est posté tel un gorille devant la porte du club. Il me regarde intrigué, "qu'est ce qu'il veut celui là". Quelques personnes sortent de l'établissement. Je m'assoie un peu plus loin sur les marches de l'hôtel de ville. J'ai failli me "niquer" la jambe en descendant de ma machine. J'ai un peu mal.
Une nana, m'aborde, me demande du feu. Je n'en ai pas, j'ai arrêté de fumer. Elle
s'arrête, s'assoie et commence à me raconter son histoire. Bof, bof, pas génial, ça y
est je crois que je vais encore jouer au bon samaritain. Je me terre dans mon silence puis
elle continue son chemin. J'en fait de même en direction opposée.
La grande halle est belle, la municipalité semble être attachée à son patrimoine. Les
rues sont désertes. Elles sont propres et bien entretenues. Chapeau la voirie ! Je ne me
sens pas forcément en insécurité. Je marche, sans savoir vraiment où aller, ça me
plaît. Une voiture, une Scénic, tous feux éteints, immatriculée dans le 51, passe à
ma hauteur. Leurs occupants me dévisagent avec insistance. C'est pas net, c'est pas net.
Ils ont l'air de chercher quelque chose, et j'ai l'impression que je les intéresse. Je
trace mon chemin. Une voiture de police passe au loin. Je me retourne, la Scénic fait
marche arrière. Ah c'est pas bon, mauvais, mauvais. Je crois qu'il va se passer quelque
chose.
Il est 4h20, je crois que je vais rentrer à la gare. Je m'engouffre dans un petit
ruelle coupe gorge pour déboucher sur une rue pietionnière plus éclairée. Au coin de
la rue, la Scénic, débouche en puissance, m'entrave le passage. Trois armoires à glace
descendent, me surprennent dans ma lenteur. Le puissant jet de lumière de la torche me
fige sur place.
- Qu'est ce vous faites ici à cette heure ?
On m'empoigne, comme un vulgaire gangster. L'un deux m'arrache mon sac du dos. Je vacille,
c'est limite si je me casse pas la gueule.
- Qu'est ce que vous faites ici à cette heure ? Le
Goliath me montre sa plaque d'officier de police judiciaire.
Je commence à sortir un discours sur la démocratie, qu'il n'est pas interdit de se
promener dans les rues à cette heure. Et au cow-boy de me répondre :
- Ton baratin sur la démocratie, j'en ai rien à foutre, et je m'assoie dessus,
compris ?
Et hop un jet de lumière dans la gueule.
- Si vous voulez, cela ne me dérange pas !
Un temps.
- Je suis conducteur de train, je suis arrivé en avance.
- Papiers.
J'ai déjà la posture réglementaire, pour la fouille. Les mains sur le capot, les
jambes écartées et l'autre qui me tient le col de la veste. L'un me fouille, l'autre
parcourt mes papiers, tandis que le troisième fouille mon sac. Il se plaît d'ailleurs à
étaler tout son contenu sur les pavés. Il s'arrête sur le visa indien.
- Vous êtes allés en Inde ?
- Oui.
Un regard complice avec son collègue qui fouille dans le sac.
- Vous fumez ?
- Non j'ai arrêté. En Inde.
En vue de mon comportement général, ma bouille de grand gamin, du contenu du sac et des
papiers, leur agressivité retombe.
- Qu'est ce que vous foutez ici, il n'y a pas de salle pour vous à la gare ?
Vous ne pouvez pas aller dormir à la gare ?
- Ben j'avais envie de visiter Troyes la nuit, c'est interdit ?
- Euh vous savez, avec tout ce qu'on voit en ce moment, y a tellement de gens
louches qui traînent.
- Ben ça fait une heure que je marche, je ne sens pas trop l'insécurité, c'est
plutôt calme.
Et le cow-boy avec son air roquet :
- Vous habitez où ?
- Paris, pourquoi ?
Il regarde sur le passeport. Ca doit être trop SUBTIL.
- Bon c'est bon, allez, rangez vos affaires !
L'OPJ me rend les papiers, m'autorise à reprendre une position correcte et à ranger
mes effets personnels dans mon sac. J'ai qu'en même droit à un merci de deux d'entre
eux, tandis que le troisième, derrière son volant me lance un regard plein de mépris,
avant d'engager sa première et de détaler. Elle est belle la Scénic banalisée de la
police de Troyes.
Je finis par rentrer d'un pas rapide vers la gare, de peur de ne pouvoir effectuer la fin
de ma journée de travail.
Je crois qu'on est bien à Paris. Au moins, en dépit de toute la violence urbaine, on
sait respecter les différences. Et les trains y roulent aussi la nuit.
Arnaud.
Ça n'arrive pas qu'aux autres!
En 1994, M. G, conducteur de route au dépôt de Paris, est en charge
du
TGV 852 de Montpellier à Paris. Peu après la gare d'Avignon, il constate une
fuite à la conduite générale qui immobilise son train aux environs de la
station de Bédarrides. Il part à la visite du convoi et découvre,
effectivement, une fuite d'air au niveau de la motrice 2. Il ouvre le nez de
celle-ci et manouvre à tâtons un robinet. La fuite s'arrête, il revient
ensuite en cabine de conduite, avise le régulateur de l'incident et reprend
sa marche. Un quart d'heure plus tard, le TGV 824 en provenance de Marseille
s'immobilise derrière une rame TGV à l'arrêt en pleine voie. Au bout d'un
moment, ne voyant rien bouger, le conducteur du 824 appelle le régulateur
pour s'informer des causes de l'incident. Stupeur du régulateur, le TGV
précédent est le 852 et ce dernier a été signalé à Orange avec 10 minutes de
retard.
Il est demandé au conducteur du 824 d'aller voir ce qui se passe en tête de
ce train et là, autre surprise, pas de conducteur et les clefs de marche
rangées dans leur boite : la cabine n'est pas active. Informé, le régulateur
appelle le 852 vers Bollène pour lui demander "s'il n'a pas perdu quelque
chose !". Le mot célèbre d'un général d'Empire est prononcé sur le circuit
radio : le 852 a perdu ses voitures 11 à 18.
Sortir de ce mauvais pas n'est pas une mince affaire car le 824 est
constitué d'une UM. Arrive derrière lui le 844 de Nice en US cette fois. Il
est donc décidé de couper sur place le 824, de raccorder les voitures 1 à 8
à la seconde rame du 852 et de raccorder le 844 sur la queue du 824. Ainsi,
on a constitué 2 UM.
Le casse-tête sera de retrouver les voyageurs en gare de Paris. Ceux partis
au 852 dans les voitures 1 à 8 sont bien arrivés avec ce train, ceux des
voitures 11à 18 de queue se sont retrouvés en tête du 824 en provenance de
Marseille. Les clients montés en queue du 824 se retrouvés en tête du 844
venant de Nice et ceux du 844 dans le bon train mais en queue !
Que s'est - il passé ? Un certain nombre fautes professionnelles graves ont
été commises. L'origine de l'incident est bien une fuite fortuite au niveau
de l'attelage automatique. En manouvrant "au hasard" un robinet, le
conducteur a provoqué l'alimentation du vérin de désaccouplement. Il a omis
de vérifier son attelage dont les coupleurs électriques étaient reculés et
en tous les cas de faire une vérification du frein indispensable après toute
intervention sur la conduite générale. Le défaut provenant de la motrice 3,
la séparation des attelages a entraîné la disparition de la fuite avec la
conclusion hâtive du conducteur.
Un tel incident ne pouvait passer inaperçu. Le service du matériel ne
voulant pas assumer la moindre responsabilité s'empressa de raccrocher les
deux rames en cause et les remettre immédiatement en service commercial.
Quant à notre pauvre conducteur, il ne voulut jamais admettre son erreur. A
ses yeux, la rame s'était décrochée toute seule !
Il fut placé au service des navettes durant quelques semaines, puis revint
au TGV, mais devant les railleries et les quolibets de ses collègues, il
décida de ne plus rouler et finit sa carrière au service intérieur d'où il
partit discrètement à la retraite un an après.
Les journaux locaux trouvèrent là de quoi remplir leur page "faits divers".
Avec les connaissances ferroviaires pointues des journalistes du cru (de
plus, nous sommes dans le midi !), nous avons des versions les plus
fantaisistes de cet incident hors du commun.
Nous avons beaucoup ri de cette histoire car, en block automatique, elle ne
porte à aucune conséquence sur le plan de la sécurité. Il en aurait été
autrement en block manuel car la séparation des coupleurs entraîne
automatiquement l'allumage des feux rouges et le chef de gare aurait rendu
voie libre en toute légalité à la gare précédente. Je vous laisse deviner
les conséquences d'une telle bévue.
Au dépôt de Paris le vocabulaire s'est enrichi du mot "dégalindage" du nom
de son auteur M. G. Lorsqu'on demande à un conducteur de Paris de
"dégalinder" deux rames, il sait ce qu'il lui reste à faire ! .